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éditorial: La main tendue

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A Istanbul, puis plus tard au Caire, Barack Obama a,on le sait, tendu la main à l’Orient. Un renversement radical de tendance. / Danièle Fonck

Jusque-là, à la Maison Blanche, le ton était plutôt à la diabolisation du monde musulman, même si, avec une bonne partie des Etats du coin, les Bush père et fils entretenaient des relations amicales fort intéressées.
On connaît les dégâts causés. En Irak, mais aussi ailleurs. Dans le conflit israélo-palestinien notamment.Résultat: l’opinion publique musulmane se nourrit aujourd’hui d’un anti-américanisme – doublé d’un antioccidentalisme – malsain, attisé par les diatribes de meneurs fondamentalistes qui en ont fait leur seul fonds de commerce.
C’est dans cela que s’est faufilée la lucidité du nouvel hôte de la Maison Blanche. L’ambition est de taille: désamorcer une des bombes les plus dangereuses qui menacent la planète en remplaçant le choc des cultures par la culture du dialogue.
Ça lui a plutôt bien réussi jusqu’ici. Le retrait des troupes américaines des villes d’Irak, inaugurant un départ définitif d’ici à la fin 2011, en est un signe manifeste. Mais il y a aussi que dans la plupart des capitales arabes, l’oreille des dirigeants s’est entre-ouverte. La spectaculaire invitation d’Obama faite à l’Iran de redevenir un partenaire de dialogue y est pour beaucoup.

Quand les ennemis se retrouvent…

Or, il aura suffi d’une élection présidentielle en Iran, et de la fraude massive qui l’a accompagnée, pour montrer à la face du monde que la révolution islamique n’est pas prête au dialogue. Au contraire, Mahmoud Ahmadinejad, fort du pouvoir usurpé, préfère enfoncer le clou du fondamentalisme plutôt que de serrer la main du président américain. Dans ses diatribes, la non-reconnaissance, voire l’anéantissement d’Israël, joue un rôle au moins aussi important que le bras de fer autour du nucléaire.
Il se fait aussi qu’à l’autre bout de la chaîne, les chosesse passent d’une manière curieusement analogue. Le geste d’Obama n’était pas vain. Il y avait à l’intérieur la promesse de résoudre d’une façon équitable le conflit israélo-palestinien. Une promesse ayant pris la forme d’un appel sans équivoque lancé à Israël, l’enjoignant de renoncer à construire des colonies illégales en Cisjordanie et d’avancer vers la paix.
La suite, on la connaît. Benjamin Netanyahou etson sulfureux ministre des Affaires étrangères, Avidgor Lieberman, font la sourde oreille.
Nous voilà donc dans la situation inédite où les deux ennemis mortels que sont l’Iran et Israël se retrouvent, comme deux complices involontaires, quand il s’agit de dire non à l’offre de réconciliation américaine. L’écrasante majorité des peuples du Proche et Moyen-Orient, y compris en Israël, aspirent à une stabilité et à une paix durables. Le monde s’en porterait, lui aussi, beaucoup mieux.
Avec un Obama à la tête de la première puissance planétaire favorable à la détente et au dialogue, on aurait pu espérer que les jusqu’au-boutistes de la région perdentde leur superbe. En Iran, ils restent aux commandes, malgré la contestation populaire. En Israël, ils narguent ouvertement et le président américain et la communauté internationale.
Comme si, tant à Téhéran qu’à Tel Aviv, on savait que seule la stratégie de la tension extrême peut encore sauver les ennemis de la paix.

dfonck@tageblatt.lu 

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